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Banganga International
L'ARTISTE

Papa Noël Nedule à l'expérience cubaine 
 
 
 
 
 
 
Quand on parle de Nedule Papa Noël, on pense certainement à l'un des grands guitaristes et auteurs inspirés de la musique congolaise moderne. En 50 ans de carrière riche en succès, Il a produit des œuvres de grande valeur. Depuis 2001, il vit au Cuba, où il travaille avec le musicien Papi Oviedo. Et il a récemment présenté à Kinshasa son dernier opus, « Bana Congo », fruit du travail de deux musiciens, enregistré à La Havane et largué sur le marché depuis trois mois. 
 
Le dimanche 12 mars 2006 
 
 
N l'appelle affectueusement par ses amis et collègues « Ya Nono ». Antoine-Emmanuel Nedule Monswest, dit Papa Noël, est né le 25 décembre 1940 à Kinshasa. Il fut baptisé Noël, contrairement à la tradition congolaise, qui exige que l'enfant, surtout un garçon, porte le nom de son père à sa naissance, ou d'un parent décédé, parce qu'il était né le 25 décembre, le jour de la fête de Noël. Il y a plus de deux mois, il était venu pour l'inhumation de sa fille, l'une des chanteuses de Benz Bozi Boziana dans Anti-Choc.  
 
Débuts  
 
 
 
 
 
 
 
Papa Noël & Papi Oviedo 
« Bana Congo »  
Kinois de souche, ce dernier avait quitté sa ville natale depuis 1989 pour l'Europe. Lors de son séjour à Kinshasa, Papa Noël, l'un des instrumentistes de talent, a été la vedette la plus sollicitée des émissions de radio et télé de la capitale congolaise. Grand guitariste, auteur et arrangeur, le nom de Nedule Papa Noël est inscrit sur la liste de grandes vedettes de la musique congolaise. Dès son jeune âge, il fera des navettes entre Kinshasa et Brazzaville, afin d'apprécier et d'admirer les grands talents de la musique congolaise. Il apprend la guitare dans son fief à Barumbu, le quartier de Manoka Souleymane dit De Saio, Albert Kasongo, Georges Dula, Adou Elenga, etc. Il est influencé par Manuel D'Oliveira, Bowane, Léon Bukasa et Dewayon Ebengo à ses débuts, dans les années 1952-1953, avec ses amis Raymond Braink Kalonji et El Mededor.  
 
La musique exerce une influence tenace sur lui. Il prend des contacts avec les vedettes locales de la chanson entre 1956 et 1957. C'est Jean de la lune Daniel Loubelo qui lui met le pied sur l'étrier. Il lui montre le Do majeur de la guitare. Après ses humanités, Antoine Nedule ne s'adonnait plus à ses études universitaires.  
 
On le trouve dans Rock'A Mambo de José-Philippe Lando Rossignol en 1957, où ils jouent chez Rocky. En ce moment-là, Léon Bukasa dirige un groupe de jeunes guitaristes de Léopoldville, l'invite pour intégrer le groupe. Il propose au jeune Nedule un plan de travail et un contrat de collaboration. Il est engagé chez Bukasa, où il trouve les guitaristes Albino et Mwena. Il tente sa chance dans cet orchestre. C'est là qu'il apprend un peu plus sur la pratique de la guitare. Sa mère lui offre une guitare, le jour de son anniversaire. C'est grâce à cet instrument que le débutant Nedule passe de l'amateurisme au professionnalisme, en brûlant sans trop de peine les étapes. Lors des productions dans des bars de Léopoldville, Papa Noël accompagne le virtuose Bukasa, avec succès.  
 
Il réalise son premier disque en 1958 dans le groupe Bukasa. Mais c'est la chanson « Clara Badimuene » de Bukasa, sortie dans les éditions Ngoma. 1958 s'annonce comme l'année prometteuse de la carrière musicale du jeune Nedule. Ce dernier joue un rôle important pour la première fois au studio. Sa collaboration avec Léon Bukasa lui vaut des éloges de tout genre. Cette école fait de lui un grand guitariste soliste.  
 
Il abandonne Léon Bukasa pour rejoindre Rock'A Mambo de Lando Rossignol en 1958. Il est surnommé Johnny Noël par Rossignol. Pour lui, Rock'A Mambo, c'est l'orchestre le mieux organisé à cette époque-là. Il rentre au moment où Tino Baroza, le soliste de cet orchestre est absent du pays. il le remplace valablement. Au même moment, Guy-Léon Fylla, le patron de l'orchestre Makina Loca le sollicite. Il l'emmène, vers la fin de l'année 1959, à Libreville, où ils séjournent pendant une année. De 1959 en 1968, il évolue dans plusieurs orchestres. Arrivé à Pointe-Noire, l'artiste musicien, chansonnier et clarinettiste Essous Jean-Serge l'engage dans Bantous de la Capitale.  
 
Ils enregistrent au studio Fonior de Brazzaville que dirige Roger Izeidi. La première chanson qu'il joue dans les Bantous de la Capitale est « Muana mama Adèle », œuvre de Essous. Il n'est pas le seul Congolais de Léopoldville dans cet orchestre. Il y a également le chanteur Jojo et l'accompagnateur Jacques Jackie.  
 
African Jazz et Vox Africa  
 
Le Grand Kallé Joseph Kabasele et sa femme, la belle Cédèlle convolent en justes noces en 1961. Le mariage est célébré au restaurant du Zoo à Léopoldville. Et les Bantous de la Capitale agrémentent la soirée. A leur retour à Brazzaville, les autres membres du groupe manifestent une méfiance à l'égard de Papa Noël, parce qu'il s'est beaucoup entretenu avec Grand Kallé le jour du mariage. Déçu, il rentre à Léopoldville pour un temps. Pendant que Nicolas Kasanda, Roger Izeidi et Rochereau Pascal Tabu montent l'African Jazz aile Nico. Quatre mois après sa divergence avec ses amis de Brazzaville, Papa Noël intègre l'African Jazz de Joseph Kabasele.  
 
Lors d'une tournée à Bukavu en 1961, il rencontre la demoiselle Anasthasie Ngoy, une fille de Lubumbashi, qui travaille à la radio, et qui sera son épouse et la mère de ses enfants. Après plusieurs tournées et plusieurs enregistrements, il quitte Kabasele, il crée Super African Jazz. Il est à Bukavu.  
 
A la suite de la dislocation de son groupe, il se rend à Kinshasa et à Brazzaville. Il frappe à la porte des Bantous, qui refusent de l'enrôler de nouveau. Il regagne Kinshasa et s'envole encore pour Bukavu. On lui colle le surnom de « pigeon voyageur » ou « oiseau volant », à cause de ses allés et venus d'un orchestre à un autre. Cela dénote l'instabilité qui le caractérise et qui lui a fait perdre certaines sympathies.  
 
Il revient à nouveau sur Kinshasa. C'est Jean Bombenga dit Jeannot Lolango, lui aussi un ancien d'African Jazz, qui l'accueille à l'aéroport. C'est la naissance de Vox Africa. Il recrute Sam Mangwana, Dalienst Ntesa et Aladji Baba. Quelque temps plus tard en 1968, il quitte Vox Africa. Il est opportunément remplacé par Seyo Souza, l'actuel Souzy Kaseya, qui arrive de sa province natale, le Katanga. Il monte l'orchestre Bamboula, ce nom provient du rythme de chant des esclaves noirs au 15ème siècle.  
 
Bamboula compte en son sein plusieurs jeunes de la nouvelle génération dont les chanteurs Blaise-Pascal Wuta Mayi, Pierre, Aimé Kiwakana, la chanteuse Antoinette Etisomba, le basiste Decca, le trompettiste Jean de la Croix, le saxophoniste Jeff Lunama, etc. C'est dans Bamboula que démarre un peu plus tard Bozi Boziana. Jeff Lunama  
 
En 1969, suite à un concours organisé par le Ministère de la Culture, l'orchestre Bamboula est retenu pour représenter la République du Congo-Kinshasa, au Festival d'Alger. Composition du groupe : Blaise-Pascal Wuta Mayi, Pierre, Aimé Kiwakana, René Mosengo, Jojo, Mapolo, Flamy, Magot, Bosmen, Francis, Mavando, Papa Noel, Bopol Mansiamina, Nico, Silis, Mangenza, Jean de la Croix et Gustave. Au retour d'Alger, Nedule Papa Noël remit la guitare au placard. C'est la fin de l'orchestre Bamboula.  
 
Anthologie de la Musique Zaïroise Moderne  
 
En 1973, Nedule Papa Noël est désigné directeur Artistique de l'Anthologie de la Musique Zaïroise Moderne, éditée par le bureau du président de la République. Ce double album comprend une vingtaine chef-d'œuvres des pionniers de la musique congolaise moderne ; notamment, Manoka Souleymane De Saio, Albert Kasongo, Manuel D'Oliveira, Camille Feruzi, Léon Bukasa, Adou Elenga, Lucie Eyenga, Antoine Wendo Kalosoyi, etc.  
 
En 1976, Franco Luambo Makiadi l'incorpore dans le Tout-Puissant O.K Jazz. Dans cet orchestre Papa Noël participe à la réalisation de plusieurs œuvres. Et, il s'exprime valablement en tant que chansonnier et auteur des œuvres discographiques. Des tubes à succès comme « Tangawisi », « Bon samaritain », « Bijou », « Sisika », etc., prouvent qu'il est l'un des plus grands auteurs et compositeurs de la chanson congolaise. Il quitte l'O.K Jazz en 1988. La même année, il lance l'album « Makolo tambola », qui est un hymne au travail ou le procès d'une société en déliquescence.  
 
L'Europe et Cuba  
 
 
Nedule Papa Noël  
En 1989, il s'envole pour l'Europe. Il enregistre l'album « Haute Tension » en 1994, qui est suivi, en 2000, par « Bel ami », une rétrospective de ses 60 ans. De 1995 en 1998, il accompagne Sam Mangwana à travers des tournées en Amérique. En 1998, il arrange l'album « Galo Negro », le Coq Noir de Sam Mangwana, dans lequel il place la chanson « Balobi », dans une musique acoustique de qualité. Il travaille aussi avec Mose Fanfan, joue et réalise des arrangements musicaux du groupe « Kekele ». Aujourd'hui, c'est aux côtés de l'icône cubaine de la musique Papi Oviedo qu'il continue dans l'art d'Orphée.  
 
 
 
 
 
 
Tabu Ley Rochereau : "Les jeunes musiciens doivent être humbles et abandonner la polémique stérile qui n’honore pas la musique congolaise."  
 
Beaucoup de gens pensaient que nous étions Franco et moi des ennemis jurés. Je vais vous faire une révélation: les deux premiers voyages de l’Ok Jazz en Europe, c’est feu Izeidi et moi qui les avions organisés. Par ailleurs quand Vicky Longomba a quitté l’Ok Jazz, Franco a fait appel à moi pour interpréter quelques unes de ses chansons 
Tabu Ley Rochereau : Depuis ma tendre enfance j’étais musicien. Les gens qui me connaissent peuvent d’ailleurs vous le confirmer. Dès l’age de 10 ans, je chantais déjà. A 14 ans, j’avais gagné un prix au concours qui avait été organisé au stade Papa Raphaël en présence du roi Baudouin de la Belgique. Autant dire que je pratiquais de la musique, avant même d’être connu du grand public; non pas la musique de scène, car j’étais mineur, mais je composais et cédais mes chansons à d’autres personnes.  
A.E.M: Et votre intégration dans l’African jazz ?  
T.L.R: j’ai intégré l’African jazz en juin 1959, mais avant cela j’étais déjà en contact avec Grand Kallé et fréquentais l’orchestre l’African jazz.  
A.E.M: Quelle est la chanson qui vous a fait connaître au public ?  
T.L.R: C’est la chanson "Kelia". Cette chanson m’avait propulsé au firmament et du coup, j’ étais devenu la coqueluche des mélomanes.  
A.E.M: Que représente pour vous Grand Kallé ?  
T.L.R: Joseph Kabasele, alias Kallé Jeef, est mon père spirituel et mon idole. Il m’a énormement inspiré et je lui dois beaucoup dans ma carrière. C’était un maestro, un monsieur très exigeant et rigoureux sur le plan professionnel ;c’ est quelqu’un qui avait la maturité professionnelle. Et je ne peux pas me comparer à lui du point de vue chant car il était un bon chanteur mais pas un grand compositeur .  
A.E.M: Vos rapports avec les autres musiciens ?  
T.L.R: Ca se passait très bien, nous étions des adversaires, des conccurents, et non des ennemis. Beaucoup de gens pensaient que nous étions, Franco et moi des ennemis jurés. Je vais vous faire une révélation :les deux premiers voyages de l’OK Jazz en Europe, c’est feu Roger Izeidi et moi qui les avions organisés. Par ailleurs, quand Vicky Longomba avait quitté l’ OK Jazz, Franco avait fait appel à moi pour interpréter quelques-unes de ses chansons. Cela dit si, des fois, nous avions eu des brouilles, c’est souvent nos entourages et mélomanes qui les entretenaient.  
A.E.M: Dans l’une des vos chansons(Mokitani ya Wendo), vous vous êtes proclamé héritier de Wendo, ce que ce dernier a refusé d’admettre, qu’en dites-vous ?  
T.L.R: Moi, je me reconnais en Wendo, qui m’a inspiré dès mon enfance ; comme moi aussi j’ai inspiré et continue à inspirer beaucoup de jeunes. Ils reconnaissent être mes héritiers. Cela me va droit au cœur et je sais que mes œuvres seront pérennisées. Mais quand le vieux Wendo me renie cet héritage, je trouve ça malheureux. En 1969, je l’avais intégré dans l’Afrisa international ; j’ai voyagé avec lui en Amérique, en Europe et en Afrique. Mais tout cela, il ne l’a jamais déclaré. C’est vraiment dommage.  
A.E.M: Quel regard portez-voius sur l’actualité musicale du Congo ?  
T.L.R: Franchement parlant, elle est en baisse. Nos jeunes ne font aucun effort pour apprendre, pour parfaire leurs talents. Ils se croient arrivés au sommet. Aujourd’hui les Gaou 1er et autres leur ont damé les pions. Les Gaou, c’est quoi ? C’est la musique du quartier et de retrait de deuil. Nos jeunes se battent pour des futilités, des choses qui n’ont rien à avoir avec la musique : les voitures, les villas, les habits, etc.  
A notre époque, on commandait des voitures neuves aux Etats-Unis, qui venaient par centaines et on nous les livrait à domicile ; nous avions acheté des maisons à travers le monde, mais nous ne faisions pas étalage de tout cela.  
A.E.M: Qu’est-ce que vous pouvez faire pour ces jeunes ?  
T.L.R: Il faut les sanctionner ?  
A.E.M: Comment ?  
T.L.R : En produisant des œuvres de qualité qui s’inspirent de vraies valeurs de la rumba congolaise. Si vous écoutez mon nouvel album « Tempelo », vous découvrirez des richesses, tant sur le plan des textes qu’au niveau des arrangements.  
A.E.M: Pourquoi ne faites-vous pas appel aux jeunes ?  
T.L.R: Ce n’est pas à moi de les appeler. Quitte à eux de chercher à puiser à la source. Quand ils nous prennent pour des artistes finis, ils se privent des merveilleuses richesses qui peuvent les aider à progresser.  
A.E.M: Quel conseil avez-vous à leur prodiguer ?  
T.L.R: Ils doivent travailler, continuer à travailler. Qu’ils ne se considèrent pas être arrivés au top. Ils doivent être humbles et abandonner la polémique stérile qui n’honore pas notre musique.  
A.E.M: On vous voit souvent chanter avec votre fille, Mélodie, vous l’utilisez à la place de sa mère, la chanteuse Mbilia Bel ? 
T.L.R: C’est vrai que ma fille a chanté dans mon dernier album. Ce n’était pas une décision délibérée mais une situation fortuite. Ma fille qui vit aux Etats-Unis, était venue en vacances en France. Pendant l’enregistrement de mon album, elle m’accompagnait au studio. Il y a une chanson qui devait être interprétée par une chanteuse ouest-africaine. Celle-ci ne s’était pas présentée et ma fille Mélodie s’est proposée de la remplacer, alors que je ne l’ai jamais vue chanter. Après insistance, je l’ai auditionnée, elle s’est défendue à merveille. Et quand mon arrangeur Maïka Munan l’a écoutée, nous étions tous émerveillés de sa prestation et elle a chanté dans mon album, ce qui est sa première expérience musicale et elle a même composé une chanson.  
A.E.M: Il y a quelques années, vous annonciez votre retrait de la scène musicale, qu’en est-il aujourd’hui ?  
T.L.R: Je maintiens ma décision, mais cela ne m’empêche pas de sortir des chansons et de livrer une fois ou deux fois l’an des spectacles (ndlr. Tabu Ley s’est produit récemment en concert à Lausanne, avec sa fille Mélodie).  
A.E.M: Votre mot de la fin ?  
T.L.R: Je vous remercie pour cette interview . Si j’ai des choses à dire à nos jeunes musiciens, c’est de leur demander de prendre leur travail au sérieux, de suivre les bons exemples des aînés, de se respecter les uns les autres. Et je terminerai en disant que je resterai jusqu’à mon dernier souffle au service de notre musique pour qu’elle puisse aller de l’avant. A ceux qui estimeraient mon concours indispensable, je reste bien évidemment à leur disposition pour les aider à aller de l’avant.  
Herman Bangi Bayo / MMCNews.com 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Théo Blaise Kounkou : « Il faut choisir : soit on fait une musique pour son quartier soit pour une audience internationale » 
 
 
THEO BLAISE KOUNKOU 
 
 
 
 
C’est une voix cristalline, un des sens les plus élevés de la mélodie de la musique africaine et un des arrangeurs les plus sollicités. Comme une divinité qui laisse à l’humanité une légende éternelle, Théo Blaise Kounkou a écrit et chanté une chanson qui traversera sans doute toutes les époques :« Jardin d’Eden » dont aucune fête de mariage ne peut se passer. Si cette chanson est la plus connue du chanteur, ce dernier est assis sur une pile de dizaines de chansons aussi réussies les unes que les autres. 
 
De passage à Brazzaville, Théo Blaise Kounkou du Congo Brazzaville, installé à Paris, s’est livré aux questions d’Afriqu’Echos Magazine(AEM) . 
 
 
AFRIQU’ECHOS MAGAZINE(AEM) : Vous avez une carrière riche, est-ce la concrétisation d’un rêve de jeunesse ? Comment a démarré cette carrière ? 
 
THEO BLAISE KOUNKOU : J’ai commencé comme tous les jeunes dans le quartier. À l’époque, je faisais de la musique et du sport. Le sport pour se défouler et entretenir ma forme, c’était naturel tandis que la musique, c’était une vocation. Avec des copains nous étions attirés par la musique et on s’essayait à la guitare. La rencontre ensuite avec les aînés m’avait permis de m’améliorer sans compter l’apport que les chorales religieuses. Je garde particulièrement des souvenirs de monsieur Emile Eboa, maître d’école à l’époque, qui dirigeait la chorale « Les piroguiers » à l’école Saint Vincent. J’y étais avec Seskain Molenga et Lekonga notamment. C’est lui qui nous a appris, dans un premier temps et indirectement à nous intéresser au chant et à essayer de chanter juste. Même quand il ne s’adressait pas directement à nous, nous captions et exploitions ce qu’il enseignait aux autres. C’est lui qui nous a également appris à faire les harmonies. Je lui rends un grand hommage parce qu’il avait le don de transmettre la musique et d’une manière naturelle car il était enseignant. Sa passion de la musique l’a amené à devenir musicologue. 
 
Après, on a fait partie des groupes vocaux à Kinshasa avec les « Jecokat »’ et à Brazzaville. À l’époque, il y avait des grands chanteurs sur les deux rives et celui qui s’intéressait au chant imitait l’un de ces chanteurs. Plus tard, j’ai fait des passages éclairs dans plusieurs orchestres d’abord en amateur et ensuite en professionnel. Quand j’ai quitté le pays pour des raisons d’études, la musique m’a poursuivi. J’ai même fait partie de l’orchestre national du Bénin qui a participé en 1977 au FESTAC à Lagos où j’avais défendu les couleurs du Bénin. J’avais fait des chansons qui avaient cartonné et cela m’avait permis de décrocher des contrats en Côte d’Ivoire où j’avais collaboré avec Sam Mangwana avec qui nous avons créé l’orchestre « African all stars ». C’était le décollage de ma carrière internationale. Le groupe avait marché très fort. Après, chacun a pris son chemin et moi j’ai évolué en solo car les quelques fois que j’avais intégré des orchestres, ça n’a jamais marché car je suis très jaloux de ma liberté. Ce qui me permet de travailler ici ou ailleurs avec des professionnels selon mon mode de fonctionnement. On peut m’inviter au Gabon ou au Cameroun, je n’aurai pas besoin d’amener un orchestre. Je peux aller jusqu’à voyager avec seulement deux musiciens et de faire un spectacle comme si j’avais amené un orchestre. 
 
AEM : Sur le plan discographique, combien d’albums avez-vous à votre actif ? 
 
TBK : Une dizaine dont plusieurs plus connus en Afrique centrale et d’autres en Afrique de l’Ouest et ailleurs. Mes œuvres touchent des sensibilités diverses. Il arrive qu’un album très apprécié ici ne le soit ailleurs et vice versa. C’est cette diversité qui fait que je suis toujours présent et mes chansons intemporelles. 
 
AEM : Vous êtes pourtant discret ces dernières années sur les plans discographique, scénique et médiatique… 
 
TBK : Je fais ce métier d’une manière personnelle. C’est un peu égoïste pour moi. Je ne suis pas de ceux qui sortent des albums à tout vent. Je prends mon temps pour réaliser mes albums. C’est ce qui fait que tout ce que je réalise résiste au temps. 
 
Le break que j’avais fait était un choix académique différent. Je travaille plus sur d’autres sensations et d’autres plaisirs notamment en tant que directeur artistique et réalisateur. Et cela m’a pris beaucoup de temps. Il est maintenant grand temps que je fasse un album. Je tais la date et promets qu’il fera grand écho. Je m’investirai pour qu’il soit diffusé partout pour le plaisir des mélomanes. 
 
AEM : Pouvons-nous solliciter votre avis d’expert sur la qualité de la musique congolaise ? 
 
TBK : Le niveau est bon. Pour moi, toute expression musicale est bonne. Il n’y a que des phénomènes de mode qui font que ça marche ou que ça ne marche pas. Je pense que beaucoup de choses avaient été délaissées, et aujourd’hui certaines expressions réelles de la musique congolaise commencent à revenir avec l’émergence d’une nouvelle génération qui rejoint la vision de leurs aînés. Ces jeunes s’expriment différemment et constituent une nouvelle mouvance. Ils font la rumba qui est la base de la musique congolaise ; qu’importe la manière de la jouer. C’est cette diversité qui a permis qu’elle se maintienne sur le marché international. Mais, pendant une période c’était devenu des copies sur copies et les gens étaient saturés. L’expression qui se met en place permet de porter haut le flambeau de notre musique. Hier, notre musique était très cotée en Côte d’Ivoire mais tour à tour les Camerounais, les Antillais et tout récemment les Ivoiriens nous ont damé les pions. Cela nous pousse à prendre les choses au sérieux pour la défense de notre culture. 
 
AEM : Peut-on alors dire que notre musique s’est enfermée dans une sorte de ghetto ? 
 
TBK : Effectivement, quand on fait la musique pour contenter les Congolais avec juste un rayonnement en Afrique centrale, c’est bien mais un rayonnement dans la world music, c’est mieux. Ce n’est pas péjoratif de parler de la world music, il suffit de prendre de la bonne musique des pygmées avec leur belle expression et la mettre dans le catalogue world music. Je veux qu’on fasse des choses qui touchent notre sensibilité et celle des autres pour que notre culture aille de l’avant. Si on fait des chansons avec une panoplie de noms qu’on cite, cela n’a rien à voir avec quelqu’un qui est à Bamako ou les Occidentaux parce qu’ils ne comprendront rien. C’est l’un des freins à la percée de notre musique au niveau international. L’expression de la musique est bonne et les musiciens sont bons mais nous avons des tares dont nous devons nous défaire. Soit on présente deux versions : l’une du quartier et l’autre à proposer au niveau international. 
 
TBK : « Lorsque je suis en Afrique, je ne reste pas inactif » (Photo : AEM/Brazzaville) 
AEM : On reproche également à notre musique la longueur des chansons qui ne cadrerait pas avec des normes internationales ? 
 
TBK : Quand nos aînés faisaient des chansons, elles duraient 3 à 4 minutes. Et les gens doivent savoir qu’une radio, c’est la programmation par tranche. Le journaliste, qui a une tranche de 45 ou 60 minutes, doit faire la sélection des œuvres de courte durée pour lui permettre de faire des commentaires et de jouer un grand nombre de titres. Avec des chansons de plus de 10 minutes, il est impossible qu’il puisse le faire. Pour ma part, quand j’assure la direction artistique, j’essaie de donner la couleur au produit sans déteindre l’artiste ni l’album. Mais lorsque l’artiste et le producteur font leur choix, on ne peut pas le défaire. C’est pour cela que nos chansons ont du mal à passer sur les chaînes internationales. Soit comme je l’avais dit tantôt, instituer deux versions : l’une de 5 minutes pour la radio et l’autre commerciale qui peut durer même 50 minutes, il n’y a pas de problème. Autre chose, il faut savoir opérer des choix intelligents : si l’on confie à un copain l’édition et la production, rien ne marchera. Il faut se rabattre sur des professionnels. 
 
AEM : Justement, est-ce que nos artistes peuvent compter sur un réseau pour promouvoir notre musique sur le plan international ? 
 
TBK : Il existe un lobbying au niveau de tous les arrangeurs et directeurs artistiques qui essayent de donner de belles couleurs à nos albums. Commercialement, il n’y a que de l’informel. De grandes maisons de production et de distribution n’existent plus pour notre musique. Certaines ont fusionné et se contentent de faire des labels. Si vous avez un nom, on vous produit mais rarement les nouveaux talents. Les artistes sont abandonnés à eux-mêmes pour leur promotion. Même les artistes connus composent avec des gens avec qui ils ne pouvaient pas le faire hier. 
 
AEM : Sur quoi reposait le rayonnement de la musique congolaise de Brazzaville dans les années 80 ? 
 
Ce temps de gloire était dû à l’impulsion que j’avais donnée lorsque j’avais quitté la Côte d’Ivoire pour m’installer en France. J’étais allé pour négocier la distribution de « Mwana Djambala », « Belle Amicha » etc. avec une maison de la place. À la sortie de cette production, j’avais reçu beaucoup d’offres. C’est comme ça que j’avais conseillé à Pamelo Mounka de produire ses propres œuvres sans quitter les Bantous de la capitale. J’avais mis tout un système en place avec un groupe d’accompagnement. Au début, c’était difficile de le convaincre mais il avait ensuite compris ma démarche et son album, à la sortie, avait cartonné. Après, Pierre Moutouari nous a emboîté les pas et ça avait créé une synergie qui avait provoqué l’éclosion de beaucoup d’orchestres au Congo. Et sur place, il y avait une grande maison de distribution qui tournait à fond. À partir d’Abidjan, on écoulait facilement des milliers de disques. Toutes ces structures ont disparu et ont été remplacées par de petites maisons qui ont pris la paternité de la distribution. Et la distribution, ce n’est pas ce que l’on voit aujourd’hui ! C’est tout un réseau et toute une structure à ne pas confondre avec les maisons de vente des disques. Si aujourd’hui l’Etat peut subventionner ce secteur qui est en difficulté, ça sera bien. 
 
AEM : La piraterie aussi vient en rajouter dans cette litanie de fléaux… 
 
TBK : Si j’avais arrêté à un certain moment, c’était à cause de la piraterie. Mes œuvres sont piratées à travers le monde. Si vous allez aux États-Unis, vous demandez un titre, il y a une usine derrière où l’on vous le grave à l’instant même. C’est le prix à payer à cause de la notoriété. À une certaine époque ; on avait lutté contre ce phénomène à Abidjan. Les commerçants de la place nous pirataient. Nous avions vu le président Houphouët qui avait mis en place une structure pour lutter contre ce fléau mais cela n’a pas marché. Pour arrêter ce fléau, on doit suivre l’exemple du Cameroun, du Bénin et du Sénégal qui sanctionnent sévèrement les pirates. Sans volonté politique, on n’y arrivera pas. C’est pourquoi on dit que les musiciens dorment dans les caniveaux. 
 
AEM : Justement, pouvez-nous parler des droits d’auteurs. Les artistes congolais jouissent-ils de leurs droits ? 
 
TBK : En dehors de la piraterie effectivement, il y a le problème des droits d’auteurs. La nationalisation de la société des droits d’auteurs était une initiative louable mais c’est une grosse machine où il existe des compensations comme dans le secteur des télécommunications. Et ces compensations demandent beaucoup d’honnêteté sans cela tu ne sauras pas combien l’artiste a gagné. A l’arrivée, on peut remettre à l’artiste 200 francs CFA alors qu’il devait toucher 2 millions de F CFA. Prenez le cas de Brazzaville, chaque minibus et taxi paye des droits d’auteurs mais les artistes n’y voient que du feu. 
 
AEM : Avez-vous des projets en chantier ? 
 
TBK : Lorsque je suis en Afrique, je ne reste pas inactif. J’étais à Pointe-Noire pour une réalisation et j’y rentre pour une autre. À part ça, nous allons réaliser ensemble, Maïka Munan et moi, la deuxième édition de l’opus de l’association « Lumières d’Afrique ». La première avait réuni Papa Wemba, Madilu, Roga Roga, Férré, Doudou Copa etc. 
 
AEM : En parlant de ces collaborations, que reste-t-il de l’African all stars ? 
 
TBK : C’est une disparition malheureuse. On pensait que ça allait grandir mais le bébé n’a pu atteindre la maturité. Si l’occasion m’était offerte, je le referais même seul. Nous étions les deux créateurs avec Sam Mangwana qui vit actuellement en Angola. Je garde de bons souvenirs car on a fait rêver beaucoup de gens. 
 
AEM : Un mot pour vos fans 
 
TBK : Je suis touché par la marque de sympathie qu’ils m’accordent. Lorsque je passe dans une émission, les gens appellent de partout. Beaucoup expriment le regret de ne pas me voir sur scène et sur le marché. Pour ceux de Kinshasa qui m’appellent constamment, je les salue tous et dès que l’occasion se présentera, je ne manquerai pas de descendre là-bas. J’envoie les salutations à tous les artistes et à tous ceux qui aiment notre musique et qui la consomment.|Propos recueillis à Brazzaville par Herman Bangi Bayo(AEM©www.afriquechos.ch) . 
 
 
 
 
 
 
 
 
Madilu s’est éteint mais sa voix demeure éternelle 
 
Ne se doutant guère de son sort, Madilu aurait même instruit à son chef d’or­chestre d’intensifier les répétitions en prévision d’une tournée au Bas-Congo et en An­gola. 
Comme une traînée de poudre, la douloureuse nouvelle annonçant le décès du chanteur auteur compositeur Jean de Dieu Bialu Madilu, s’est répandue sur la ville, au beau milieu de petites heu­res de samedi l’août. A la lumière des recoupements en notre posses­sion, il ressort que le défunt était admis aux cliniques uni­versitaires, un jour avant, des suites d’une crise de diabète. Il est également fait état de prostate, d’hypertension et de complication d’une plaie à la jambe. Cette plaie aurait provoqué une septicémie dont la triste conséquence serait celle que nous déplorons aujourd’hui. Célèbre, il l’a toujours été, mort, il l’est davantage. Mais comme le sont toutes les ve­dettes de son acabit, certes son étoile s’est physiquement éteinte, mais sa voix à travers ses œuvres demeure éternelle. 
 
C’est à l’âge de 57 ans, nous apprend-on, qu’il quitte cette terre des hommes, après une riche et fructueuse carrière musicale faite de plusieurs chansons et albums, dont les thèmes s’articulaient plus autour de la vie sociale, mieux au vécu quotidien, à la manière de son maître Luambo Franco. 
 
Madilu System autrement dit « Le Grand Ninja », fils de Bialu Kaba Antoine et de Mbongi Ma­deleine est passé par plusieurs étapes avant la création de son groupe le Tout Puissant System. 
 
Nous pouvons citer, entre autres les ensembles suivants Simba, Bambula, Fiesta Populaire, Festival des Maquisards, Bakuba Mayopi, Afrisa In­ternational et le TP Ok Jazz. 
 
Intervenant à chaud sur les antennes d’une chaîne de ra­dio, Jossart Nyoka Longo, pa­tron de l’orchestre Zaïko Langa-Langa en séjours en Eu­rope, s’est dit choqué par cette douloureuse nouvelle.  
 
« Nous avons grandi particulièrement ensemble dans le même quar­tier, lui à Kimbanseke et moi à N’djili, c’est pour moi un con­temporain », a-t-il déclaré. 
 
« Je suis très abattu par cette nouvelle, c’est un artiste qui me fréquentait, et qui m’était familier bien avant mes fonc­tions. Quelque chose sera fait au niveau du ministère. Nous sommes en contact avec la fa­mille ». Ces déclarations sont de Marcel Malenso, ministre de la Culture et des Arts. 
 
Ne se doutant guère de la suite de son sort, Madilu aurait même instruit à son chef d’or­chestre d’intensifier les répétitions en prévision d’une tournée musicale qui devait s’effec­tuer au Bas-Congo et en An­gola. Et, cela peu après son ad­mission à l’hôpital, nous a-t-on appris. 
 
 
 
 
 
 
 
DINASTAR SHANGO 
 
Qui est DINASTARS SHANGO : 
 
Pour les intimes DINA,chanteur/compositaire(d'origine Congolaise RDC) évoluant et résidant en France. 
Deja très jeune,il chanta dans les églises du Congo avec son père qui est Pasteur. 
Grâce à celui-ci,il fit l'apprentissage de la musique et travilla sa voix;d'où son talent d'aujourd'hui. 
Dinastar,c'est le nom de scène,qui n'est d'autre que le diminutif de son prénom DINASHA. 
Dinastar:c'est aussi le nom de présentatif du groupe. 
Style de musique: Afro/Soul(tendance World Music) 
mélange de Disco et de Funk,de Blues et d'un soupçon de Rumba Congolaise;le tout dans un cocktail très personnel et metissé chanté en lingala(une des langues de la RDC)et en français melangé. 
Vocation:je suis resté très proche des cultures Congolaise et Africaines. 
J'aime composé des chansons simples,avec de belles paroles,de belles mélodies et avec du rythme,véhiculant un véritable message de fond. 
D'ailleurs,ma vocation est de devenir un chanteur 
engagé afin de pouvoir dénoncé les injustices et les maux qui rongent nos sociètés. 
 
 
 
MTI

  
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Modifié en dernier lieu le 29.07.2008
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