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BANGANGA -INTER
Dinastar Shango : « Madilu s’était fait ami du domestique de Sam Mangwana pour approcher ce dernier »
Artiste-musicien installé à Mulhouse (France), Dinastar était l’ami et le confident de Madilu System qui lui avait transmis un principe de vie qu’il a hérité lui-même de Grand Maître Luambo Makiadi : : « Ne jamais divulguer les confidences faites par un ami, même si votre amitié vole en éclats ». Des confidences faites par Madilu, Dinastar les garde pour lui mais révèle quelques aspects intéressants des débuts du chanteur et de sa personnalité :
« Son idole était Sam Mangwana et c’est bien lui qui lui avait donné envie de faire carrière dans la musique. Pour approcher son idole, Madilu System s’était lié d’amitié avec le domestique du chanteur. Il faisait alors l’école buissonnière pour passer son temps avec son ami domestique, afin de pouvoir écouter Sam Mangwana chanter. System avait beaucoup de respect pour ses aînés dans la musique. Dans sa voiture, il écoutait plus la musique des anciens : Grands Maquisards, Vox Africa, Grand Kallé, OK Jazz, African Fiesta Sukisa de Dr Nico, African Fiesta National de Seigneur Rochereau, Wendo, Bantous de la Capitale… »
« Dans la vie de tous les jours, on passait de bons moments à parler politique, à analyser la musique congolaise actuelle, à se poser des questions sur le phénomène des églises dites de réveil. Madilu passait aussi son temps à regarder les DVD des pièces de théâtre (les Maboke) et téléphonait beaucoup. À part cela, c’est un doux euphémisme de dire que son péché mignon était les femmes… Mon grand était un bon vivant, un bon vivant qui ne tolérait cependant aucune immixtion dans sa vie conjugale ».
Madilu : « À chaque fois que j’entre en studio, Grand Maître Franco m’apparaît en rêve »
Très proche de Madilu System, dont il était par ailleurs le conseiller artistique, Dinastar Shango est sonné par la disparition de celui qu’on appelait aussi Grand Ninja. 48 heures après nous avoir envoyé son témoignage, il a recontacté la rédaction d’Afriqu’Echos pour nous livrer de nouvelles anecdotes :
« Je n’en reviens toujours pas, je ne réalise toujours pas que Madilu est mort, j’ai du mal à le croire et à l’accepter ! Et des anecdotes affluent dans mon esprit comme celle-ci : Madilu me disait souvent qu’à chaque fois, qu’il entrait en studio pour enregistrer un album, le Grand Maître Franco lui apparaissait la nuit en rêve ».
« Je voudrais saisir également cette occasion pour démentir la très vieille rumeur de la plaie incurable à une jambe qui se racontait sur Madilu. Je peux témoigner qu’à plusieurs fois, chez lui, quand il faisait chaud, en été, il était toujours en short et torse nu, car, il aimait bien caresser son ventre. En Été 2005, il s’était acheté un short, un tee-shirt blanc et une paire de baskets et se promenait dans les rues piétonnes du centre ville de Mulhouse. Dans le train, en première classe, quand on voyageait, à la moindre gêne il enlevait ses chaussures et ses chaussettes, retroussait son pantalon et parfois demandait qu’on lui masse les pieds pour être soulagé. Je n’ai donc jamais vu une quelconque plaie sur les parties visibles de son corps ».|
Bazakana Bayete, chroniqueur de musique dès 1969 d’abord au quotidien du matin « Salongo », administrateur de l’Afrisa de Tabu Ley, qui a côtoyé quasiment tous les grands noms de la musique africaine, évoque un moment-clé de la carrière de Madilu dont il a suivi de près les grandes péripéties.
« Madilu aurait pu faire carrière dans le foot car il était doué, mais l’appel de la musique avait été plus fort. Et le groupe au sein duquel il devait faire sa carrière était l’Afrisa International de Tabu Ley. Mais ce dernier avait très peu de considération pour Madilu qu’il considérait alors juste comme un chanteur qui ne valait que par sa capacité à adopter le timbre vocal de Pépé Kallé. Ce n’était pas là la seule raison : Papa Wemba qui venait d’intégrer cet orchestre voyait en Madilu une concurrence féroce qu’il ne souhaitait manifestement pas affronter (...) Ces réticences débouchèrent sur un terrible affront subi par Madilu à l’aéroport international de Ndjili. En 1978, alors qu’Afrisa s’apprêtait à prendre l’avion pour le Sénégal, Tabu Ley me chargea de lui annoncer qu’il ne ferait pas le voyage afin qu’il reste s’occuper de sa femme qui était souffrante. Insupportable pour le Grand Ninja car Papa Wemba et Rigo Star avaient eux fait le voyage »
« Deux personnes ont, en effet, aidé Madilu à lancer véritablement sa carrière musicale et à laver cet affront : le producteur Cover et Luambo Makiadi Franco. Ce dernier décida de le propulser au devant de la scène afin de faire face au comportement de Ntesa Dalienst et Josky Kiambukuta devenus moins soumis et incontrôlables par le Grand Maître. Cette collaboration stratégique détonna tout de suite avec la chanson fétiche "Non" ».
« C’est par ailleurs un grand ami, un presque parent que je viens de perdre. Nos deux familles étaient très proches et ce fut un choc pour moi quand sa femme Biya m’a appelé pour m’annoncer cette perte irréparable ».
Sms de Paul Kabeya "Kapo" : "Kinshasa la mélomane, ainsi que ses pairs, pleurent Madilu System"
« Le ministère de la culture et la ville de Kinshasa ont réservé le Jardin Botanique de Kinshasa pour accueillir les funérailles de Madilu, mais tout le monde pense que ce cadre va se révéler exigu, tant la capitale congolaise est sous le choc. Quant à ses pairs : Papa Wemba a annulé son déplacement à Cabinda, Ferré Gola a lui aussi annulé son concert prévu samedi dernier, tandis que JB Mpiana qui a livré un concert à Fikin avait fait observer une minute de silence et son orchestre a interprété quelques chansons de Madilu ».
Papy Tex : « Pépé Kallé avait donné 500 dollars à Madilu pour qu’il monte son orchestre »
Dans « Flash » le dernier album de Papy Tex, Madilu avait interprété avec lui en duo la chanson « Bomoyi ya moto » qui évoque la mort. Une chanson prémonitoire, dira-t-on aujourd’hui, dans laquelle l’auteur dit notamment : « Bomoyi ya moto ezali lokola milinga ya likaya » qu’on pourrait traduire en « Ainsi s’éteignent des vies comme la fumée d’une cigarette qui s’évanouit dans l’atmosphère ».
Très affecté et un brin fataliste, Papy Tex rappelle les liens très forts qui existaient entre Madilu, Pépé Kallé et lui : « Madilu, je l’avais connu sous le nom de Jean de Dieu Bialu au sein de l’orchestre "Bamboula" de Papa Noel Nedule. A l’époque, il voulait absolument chanter comme Sam Mangwana qui était son idole. Après notre départ de l’orchestre Bamboula, nous nous sommes séparés mais on continuait à s’appeler « ndoyi » (homonymes), parce que lui, Pépé Kallé et moi nous portions le même prénom de Jean : Jean Bialu, Jean Kallé et Jean Dode. Les liens qui nous unissaient étaient tellement forts et lui voulait absolument rester avec nous qu’il se mit à imiter la voix de Pépé Kallé au lieu de celle de Sam Mangwana »
« Même si lui a fait l’essentiel de sa carrière au sein du Tout Puissant OK Jazz, nous sommes restés très proches. C’est ainsi que quand je faillis perdre mes jambes dans un accident de circulation en Belgique, il fut le seul musicien de passage ou installé en Europe, avec José Kapesa, qui me rendait visite. Et quand il a été congédié de l’OK Jazz, il est allé demander conseil à Pépé Kallé qui lui recommandant de monter son propre orchestre et lui remit 500 dollars pour faire face aux premières dépenses. C’est Madilu lui-même qui m’avait informé de cela ».
« Avec tous ses proches que j’ai perdus, je rejoins Koffi Olomide quand il dit dans la chanson "Dieu voit tout" : "La vie c’est rien" »
2 em de G à D: Madiata - Mujos - Franck Lassan
Il y a 11 ans mourrait Gérard Madiata
Gérard Madiata était très humain et très ouvert. Il entretenait des relations harmonieuses avec ses proches. C’est à lui qu’on recourrait pour faire les bons offices lorsque les relations entre deux ou plusieurs musiciens se détérioraient.
C’est ce vendredi 27 juillet que ceux qui ont connu et aimé le chanteur de charme Gérard Madiata commémorent le 11 anniversaire de sa mort. Gerard Madiata qui est mort dans sa 52ème année à la Clinique Ngaliema a fait la fierté de la République du Zaïre (devenu la République démocratique du Congo) par le timbre de sa voix qui faisait vibrer des salles entières.
Cet artiste qui a passé plusieurs années en Europe était passé maître en interprétation d’oeuvres tant des artistes congolais qu’étrangers. Il chantait avec une facilité déconcertante les chants de Johnny Haliday, de Salvatore Adamo, de Sheila, de Nana Mouskouri, ...
Au pays, c’est avec plaisir que les artistes musiciens allaient le trouver pour améliorer artistiquement leurs oeuvres musicales car il avait la musique dans le sang.
L’exemple illustratif que nous avons personnellement vécu est celui de Franklin Boukaka, le (Congolais de Brazzaville) dont il a amélioré la chanson fétiche « Louzolo » qui veut dire Amour et aussi « Pont sur le Congo » qui traduit les liens séculaires entre le Congo/Brazzaville et le Congo/Kinshasa « Lucia Botay » fut l’une des compositions de Madiata qui firent fureur dans la capitale.
Cette oeuvre chantée intégralement en français a magnifié la femme dénommée Lucie, oeuvre qui contient des propos très poétiques.
Gérard Madiata était très humain et très ouvert. Il recevait tout le monde à bras ouvert. Il entretenait des relations harmonieuses avec ses proches et n’était jamais conflictuel, comme le sont la plupart des musiciens de la génération actuelle.
Bien au contraire, c’est à lui qu’on recourrait pour faire les bons offices lorsque des relations entre deux ou plusieurs musiciens se détérioraient. Il avait également le sens de l’humour et il l’imprimait à travers ses oeuvres. Sur le plan familial, Madiata fut un responsable puisqu’il avait laissé une veuve et huit orphelins.
Nous disons plus haut que Gérard Madiata à fait la dignité et la fierté de la République du pays. A de nombreuses occasions, il était invite autant que les Franco, les Tabu Rochereau et autres Jeannot Bombenga, à animer des réceptions officielles à l’occasion de grands événements politiques de l’époque. Nous, nous rappelons qu’à son inhumation au cimetière de la Gombe, le ministre de la Culture et Arts Faustin Lukonzola représentait le gouvernement.
Mais depuis lors, le défunt Madiata est tombé dans les oubliettes. Onze ans après sa mort, l’Etat congolais ne songe même pas à lui dédier une pierre tombale pour les bons et loyaux services rendus à la Nation.
Si le responsable actuel de la Culture et Arts du gouvernement de M. Antoine Gizenga pouvait dépoussiérer ce dossier en vue d’envisager la construction dune pierre tombale à Madiata, ce ne sera pas une oeuvre vaine.
Les artistes ne meurent jamais, dit-on. Les pouvoirs publics ont le devoir de perpétuer leur mémoire dans la mesure où ils font partie intégrante du patrimoine culturel national.
Kinshasa,le 27 juillet 2007.
Wendo : les causes de sa maladie
Kinshasa, 12/06/2007 / Musique
Après avoir récolté le succès, le vieux Wendo serait vivement sollicité par un producteur pour une tournée aux Usa. Ne sachant comment gérer le succès de sa dernière carte, et sans méfiance, le père de la musique congolaise s’est fait rouler dans la farine.
Le Vieux Wendo qui était presque abandonné à son triste sort pendant la Deuxième République, a eu la chance grâce à l’arrivée au pouvoir de Mzee Laurent Kabila.
C’est sous son règne qu’il a été réellement reconnu comme le père spirituel de la musique congolaise, et qu’il a été réhabilité sur scène.
Récoltant un franc succès à travers les chansons patriotiques, le vieux Wendo a drainé plus d’un fanatique. Il a bénéficié de l’aide du Président de la République qui lui a offert une maison et une jeep neuve. Toute la ville et le pays entiers ont parlé de la « résurrection » de cet artiste déjà oublié.
Qu’en est il au juste ? Après avoir récolté le succès, le vieux Wendo serait vivement sollicité par un producteur pour une tournée aux Etats-Unis d’Amérique. Ne sachant comment gérer le succès de sa dernière carte et sans méfiance, le père de la musique congolaise s’est fait rouler dans la farine.
Dans la fièvre de cette production aux Etats-Unis d’Amérique, le vieux établit la liste des personnes devant l’accompagner et perçut d’elles de l’argent.
Mais, le voyage n’aura pas lieu et le vieux Wendo obligé de restituer l’argent lui versé par ses accompagnateurs. Les uns rentreront dans leurs droits et d’autres ne seront pas servis. Parmi ceux-ci, ceux qui ne l’ont pas été lui ont proféré des menaces.
Devant l’impasse et dans l’impossibilité de réunir le nécessaire pour ces remboursements, le vieux Wendo était obligé de vendre son véhicule d’abord et sa parcelle ensuite. En dépit de cela, il lui fallait encore la 8.990 dollars à titre de dette à rembourser à de ceux des candidats voyageurs qui n’avaient pas récupéré leur argent.
Aujourd’hui, le vieux Wendo n’a plus ni voiture, ni maison, ni vélo.
Rongé par les soucis, sa santé s’est par la suite détériorée, son corps devenu un champ propice aux maladies. Pour ce faire, l’Association Artistes en danger a mené certaines démarches pour trouver une solution adéquate aux problèmes qui l’accablent.
Le week-end dernier, l’honorable Gecoco est allé lui rendre visite et lui a remis une enveloppe. Un artiste musicien doit à tout prix être entouré par de bons conseillers, sinon il peut connaître le sort de vieux Wendo qui il y a quelques années n’avait rien à envier à) d’autres personne. Mais voilà qu’aujourd’hui il se trouve dans le dénuement, en quête du secours auprès des autorités.
Nigeria : La veuve Abacha se confie à Afriqu’Echos Magazine (AEM), récit étonnant sur son défunt mari
jeudi 24 mai 2007 Adamu Abubakar Gwarzo (AEM), Kano-Nigeria
Maryam Abacha, la femme de l’ancien chef de l’Etat nigérian, le Général Sani Abacha, a récemment célébré son 60e anniversaire à Kano. A cette occasion, elle s’est confiée à AEM sur sa vie privée.
Née a Kaduna le 4 mars 1947, de Cheikh Mohammed Jiddah et de Nana, une princesse kanouri de Borno dont le père était d’origine allemande, Maryam Sani Abacha est une descendante directe du Cheikh Ibrahim Waidama , un Arabe venu s’installer au Kanem entre les 16ème et 17ème siècles.
L’ex première dame du Nigeria a fait ses études primaires primaires à Tudun Wada Una Sabon Gari Zaria dans l’état de Kaduna et le seond cycle Dala Kano où elle avait été une fille très en vue grâce à sa verve oratoire et pour ses performances sportives en tennis de table notamment. Ses études secondaires terminées, elle convola en justes noces, en 1965, avec le jeune lieutenant Sani Abacha en 1965.
Dès son mariage, Maryam Abacha s’engagea au sein de l’association des femmes des officiers de l’armée nigériane dont elle était la vice-présidente. Durant son mandat, elle fit construire des centres de formation professionnelle et des écoles dans de nombreux camps militaires du pays. A la prise du pouvoir par son mari en novembre 1993, elle profita de son statut pour mettre en place un programme d’appui à la famille destiné à apporter de l’aide aux femmes et aux enfants.
AFRIQU’ECHOS MAGAZINE (AEM) : A 60 ans qu’est-ce que la vie vous a appris ?
MARYAM ABACHA (M.A.) : La vie m’a appris beaucoup de choses que l’on ne peut pas apprendre même à l’ université. Chaque jour qui passe vous apporte de nouvelles connaissances, de nouvelles expériences. Ces expériences vous rendent de plus en plus forte et de jour en jour vous vous ragaillardissez. Je perçois la vie comme une école qui ne finit qu’à la mort. D’où la nécessité d’être courageux et d’implorer la protection de Dieu car Il est le plus grand protecteur de tous les temps.
AEM : Votre mari n’est plus. Comment aurait été votre 60ème anniversaire s’il était encore en vie ?
M.A. : La différence serait nette. S’il était vivant, la maison serait remplie de monde. Il aimait beaucoup les gens. De son vivant, nous avions l’habitude de nous asseoir ensemble pour discuter de certaines choses et trouver des solutions appropriées. Aujourd’hui, je ressens un grand vide mais par la grâce de Dieu on s’habitue à la situation.
AEM : Vos amis ou plutôt ses amis vous sont-ils restés fidèles ?
On dit souvent qu’il n y’a jamais d’amis permanents mais plutôt des intérêts permanents, mais cela n’est pas tout à fait vrai. Quelquefois, on trouve des vrais amis fidèles. La vérité c’est que rien n’est éternel excepté Dieu. Ainsi va la vie, il existe ainsi des amis climatiques, ils sont avec vous quand tout baigne, au moindre changement, ils s’éclipsent . Tout cela fait partie de l’école de la vie.
AEM : En quelques mots, pouvez-vous nous dresser le portrait du général Abacha dans la vie de tous les jours ?
M.A. : Il était naturellement aimable et couvait nos enfants. Nous dormions avec tous les enfants dans la même pièce : les uns sur le lit et les autres à même le sol et nous discutions de tout et de rien jusqu’ au sommeil. C’était ainsi jusque quand les enfants avaient grandi. On se retrouvait alors ensemble à l’heure du déjeuner pour parler de notre famille, des parents et des amis, des affaires, quelquefois de la politique. Mon défunt mari n’était pas autoritaire dans la famille. Il nous arrivait de faire la cuisine ensemble chaque fois qu’il était présent, surtout quand on était plus jeunes. Il me disait alors : "Toi tu fais la cuisine et moi je lave les ustensiles". Sami Abacha était comme mon ami. Lorsque les enfants pleuraient, il les prenait dans les bras et les berçait.
Quelquefois il amenait les enfants dans son véhicule pour pique-niquer. Ou encore quand les enfants étaient sales il les changeait lui-même. Il choyait beaucoup ses enfants et les gâtait presque surtout celle- là (Elle désigne du doigt Zeinab assise en face). Parfois quand les enfants pleuraient, il leur donnait son sein à téter ou alors son oreille à sucer jusqu’à ce qu’ils dorment (rires). Avec lui on ne s’ennuyait jamais. Déjà, quand on était à l’école, il m ‘appelait "M" et moi je l’appelais "S". Cela amusait beaucoup nos amis.
AEM : Lors de la fête de votre anniversaire, Zeinab a éclaté en sanglots en lisant un poème dédié à son père et les larmes ont également coulé dans l’assistance, qu’est-ce que cela traduirait selon vous ?
M.A. : Vous auriez dû demander aux gens pourquoi ils pleuraient…
AEM : A 60 ans, les gens ne manquent pas de remarquer une sorte d’éternelle jeunesse qui vous habite…
M.A. : Merci pour les compliments. Tout ce que je peux dire c’est que je n’ai pas de secret pour cela, Dieu m’a créé ainsi.
AEM : La veuve du président mozambicain Graça Machel s’est remariée, c’est une idée qui vous a déjà traversé l’esprit ?
M.A. : Qui voulez-vous me donner comme mari ? Si vous aviez connu mon mari vous n’auriez jamais posé cette question. Mon mari était un homme irréprochable aux qualités rares. Je ne pourrais jamais un homme qui puisse le remplacer valablement. C’était un homme fort de caractère, un homme qui n’a jamais failli à ses mots, il était un bon musulman , un homme qui a consacré sa vie au travail pour l’intérêt de son pays . Je n’ai pas encore vu un tel homme dans ce monde, et je remercie le bon Dieu pour la vie qu’on a menée ensemble, il reste un héros.
AEM : Tout de même à 60 ans quand vous regardez dans le rétroviseur, avez-vous quelques regrets ?
M.A. : Je n’en vraiment pas. Dans la vie, l’essentiel c’est de faire de son mieux. Lorsque j’étais Première dame, j’avais fait de mon mieux pour toucher positivement la vie de la population. Dieu Merci, aujourd’hui les gens parlent encore des projets que nous avons réalisés à l’époque .
AEM : Merci pour cette interview !
M.A. : Merci Mon fils
Polygamie : une addition douloureuse pour les enfants ?
Rivalité, jalousie, souffrance... On croyait que les coépouses étaient les seules victimes de la polygamie. Faux si l’on en croit Jean-Paul, l’aîné d’une famille casamançaise de treize enfants, dont le père a deux femmes : « La polygamie cause beaucoup de problèmes. Cela fait éclater les familles. Ca laisse des traces. C’est l’enfant qui paie l’addition des adultes ».
Un avis que partagent Kadidja, Armand, Fadima, Oumar et les autres... Rares sont, en effet, les familles où la polygamie est vécue positivement par les enfants. Le cas de Mahamoud, un jeune burkinabè né à Koudougou, est peu répandu. Pour lui, pas de différence entre ses deux « mères », ni entre les enfants, « tous ses frères et soeurs ». Les deux ménages vivaient dans la même concession et le père, très proche de ses quinze enfants, n’affichait aucune préférence pour l’une et l’autre femmes. Il n’en était pas de même chez Fadima, une Malienne aujourd’hui mariée, dont le père avait deux coépouses et vingt-deux enfants vivant sous le même toit : « Quand j’étais petite, il y avait des querelles à la maison. Ce n’était pas très facile à vivre. On sentait que mon père préférait sa deuxième femme ». Si l’époux affiche une préférence, c’est la bagarre assurée.
Avec son lot de tensions, de règlements de compte, directs ou par enfants interposés, et de souffrances. Un cas de figure de plus en plus fréquent aujourd’hui où le choix d’une épouse, surtout de la dernière, « l’élue du cœur de monsieur », repose de plus en plus sur l’affectif. Dans ces conditions, la préférence s’affiche et l’inégalité de traitement entre co-épouses est inévitable. Pourrait-il en être autrement ?
La souffrance endurée par la mère est la première addition que l’enfant doit payer. Car quand « maman » souffre, son rejeton trinque inévitablement. « Quand on réalise que son père a une autre femme, on se sent solidaire de la peine de sa mère », confie Oumar, l’aîné d’une famille sénégalaise qui compte cinq femmes et vingt-cinq enfants. On pourrait croire que la préférée a le sort le plus enviable. Il n’en est rien. Si elle a les faveurs de l’époux, elle doit en revanche affronter l’agressivité des coépouses qui ne manquent pas de se liguer contre elle. Mieux vaut faire profil bas, au risque d’attiser la jalousie des autres. Kadidja, une Sénégalaise, se souvient de son enfance à Kaolack dans la concession où cohabitaient les trois femmes de son père : « Ma mère était mise à l’écart car elle était la préférée. Quand c’était son tour de cuisine, les coépouses et leurs filles ne mangeaient pas ce qu’elles avaient préparé. Nous étions mis à l’écart. C’était insupportable. »
Parfois la « délaissée » tente de cacher sa peine et sa jalousie. Une manière de maintenir l’harmonie, de préserver l’image du père et d’éviter que les enfants ne soient malheureux. Cette attitude magnanime n’est toutefois pas fréquente. Car bien souvent, les mères affichent leurs différends et leurs rivalités. Quand une épouse choisit la discrétion et la résignation, il n’est pas rare qu’elle prenne un enfant comme confident.
Face à une mère rejetée par son mari, quel rejeton n’a pas ressenti le besoin de la protéger ? « Quand il constate que sa mère est mal-aimée, l’enfant passe son temps à la consoler, lui demandant de supporter jusqu’à ce qu’il grandisse », confie Fadima. Kadidja reconnaît, elle aussi, que très tôt, elle a défendu sa mère becs et ongles quand on parlait mal d’elle.
Protéger sa mère, c’est tout faire pour maintenir sa position de première dans le coeur du père ou tenter de lui redonner sa place de favorite. Cette deuxième addition est peut-être l’une des plus lourdes à payer. Car que d’énergie dépensée dans l’élaboration des stratégies pour attirer le mari de maman à la maison ! Avec l’idée confuse qu’on fait quelque chose de mal en trompant la crédulité du père. Avec également le sentiment douloureux que, si papa n’aime plus maman, il ne vous aime éventuellement plus non plus.
Les stratégies de conquête ne manquent pas. Enfant, Fadima déployait tout un arsenal d’artifices pour s’attacher les faveurs de son père et le faire revenir vers sa mère. Elle lui faisait des petits cadeaux, s’occupait de lui quand il était malade, sachant que, par reconnaissance, ce dernier ferait des efforts pour s’occuper de sa mère. Devenir un élève brillant ou réussir matériellement est une autre manière, souvent privilégiée par les garçons, de redorer le blason de maman. Car la réussite d’un gamin rejaillit obligatoirement sur sa mère, qui utilise cette arme comme une revanche contre ces coépouses : « Si un de ses gosses réussit, cela veut dire qu’elle est une excellente mère, en dépit du manque de considération du mari », précise Oumar. Du coup, la mère incitera subtilement son gamin prodige à lui faire des cadeaux très démonstratifs. Elle le poussera même à en faire à son père. Des actes qui lui permettront de fortifier sa place. Car le père ne pourra oublier la maman d’un enfant si généreux !
La mère est le centre de la famille, le repère affectif, qui peut déclencher des tempêtes ou au contraire maintenir la cohésion familiale. Paradoxalement, elle est aussi celle que l’enfant protège et qu’il continuera à prendre en charge, même devenu adulte. Etrange inversion des rôles surtout quand l’enfant a encore l’âge d’être protégé. La protection du « petit mari », comme le dénomme ce psychiatre sénégalais, peut durer toute la vie, surtout quand le père ne subvient plus aux besoins ou est décédé. C’est le cas d’Hypollite, un Burkinabé, dont le père, un « chrétien non pratiquant », avait deux épouses. Mais la protection peut se transformer en un fardeau très lourd à porter. Quand il a su qu’il n’avait pas le travail promis, Joël, l’aîné d’une famille polygame brazzavilloise, dont la mère était sans ressources, n’a eu qu’un cri de douleur : « Que va devenir maman ? ».
Question subsidiaire, certes, mais on peut se demander où se situera la future épouse du petit mari de maman par rapport à sa belle-mère ? Outre le poids matériel et moral que cela représente, protéger une mère est un vrai parcours de combattant, qui nécessite ruses, voire coups bas et non dits. Des stratégies inévitables, « sinon on ne peut pas tenir », affirme Fadima. Aider un demi-frère ou une demi-soeur exige donc la plus grande discrétion, au risque de froisser la fratrie directe ou la mère qui ne comprendraient pas une telle largesse. Ne rien dire et surtout faire attention à l’éventuelle publicité que le bénéficiaire de l’aide pourrait faire. « Si cela se savait, on dirait immédiatement que j’ai été marabouté par l’autre famille. Ma mère pourrait aussi exploiter la situation à son profit, faisant savoir à qui veut l’entendre que l’autre ménage dépend de la sienne. Une honte pour le père et la co-épouse ! », confie Oumar. La discrétion peut aller jusqu’à cacher un méfait commis par un enfant, pour ne pas donner une arme à une coépouse contre sa rivale qui serait immédiatement qualifiée de mère incapable de tenir ses enfants.
La rivalité entre femmes rejaillit inévitablement sur leurs progénitures. Du coup, la distinction entre frères du même lit et demi-frères est plus nette qu’on l’imagine, même s’ils sont rares à se l’avouer. La famille polygame serait-elle une fausse famille et la grande fraternité une vue de l’esprit ? En tout cas, pour que ça marche, le père doit y mettre du sien. Il doit être présent, impartial, exercer son autorité et avoir l’esprit de famille. La cohabitation peut aussi faciliter les choses. Ainsi, Mahamoud, Jean-Paul et François n’ont jamais fait de différence entre frères et soeurs de lits différents parce que leur père plaçait les valeurs familiales au-dessus de tout et traitait les enfants sur le même pied d’égalité.
Reste que la cohabitation est de moins en moins fréquente dans le monde moderne. Chaque ménage vit dans sa propre maison. Un avantage, puisque cela diminue les risques de frictions entre femmes. Un inconvénient, puisque le père est moins présent et que les enfants se connaissent peu ou mal. Tel est le cas d’Armand, un Congolais de Kinshasa. Son père a eu des enfants avec une autre femme qu’il n’avait pu épouser puisque l’ex-Zaïre n’autorise pas la polygamie. Armand n’a jamais vécu avec eux : « Quand ils sont là, je pense à eux, mais quand je suis loin d’eux, je n’y pense pas ». A l’évidence, pour Armand, la seule fratrie qui compte, c’est celle née de « même père, même mère », avec qui il a vécu.
Ainsi le fait de vivre sous le même toit, d’avoir reçu la même éducation rendrait les enfants plus proches les uns des autres. « Si un de mes frères est malade, je suis immédiatement mis au courant par ma mère. Ce n’est pas le cas pour mes autres frères et soeurs. Comme je suis loin d’eux, beaucoup d’informations m’échappent », déclare Oumar. Hyppolite, élevé par sa marâtre, qu’il considère comme sa mère, reconnaît également que s’il est très proche de ses demi-frères, c’est tout simplement parce qu’ils ont partagé la même concession. La fraternité naîtrait-elle d’un espace de vie, d’un quotidien et d’une origine communes ? Pas si évident, si l’on en juge par le cas de Kadidja, traumatisée par le climat de tensions qui prévalait dans la concession familiale. Ses demi-soeurs sont-elles vraiment ses soeurs ? « Parfois je me dis que si elles n’aiment pas ma mère, elles ne peuvent pas m’aimer non plus. Je refoule cela, mais chaque fois que je les vois, cela ressort. Cela me fait mal », confie-t-elle. Son cas serait-il l’exception qui confirme la règle ?
Quand les rivalités entre femmes sont particulièrement fortes, les jalousies entre enfants de lits différents sont vives. Ne faut-il pas prouver en permanence qu’on est le meilleur ? Une manière de revaloriser sa mère. La concurrence sera d’autant plus forte que l’écart d’âge est réduit. La comparaison est alors visible et immédiate. Gare à celui qui échoue alors que un demi-frère réussit brillamment ! Gare à celui qui ne parvient pas à couvrir sa mère de cadeaux alors que son demi-frère, lui, dorlote la sienne ! En revanche, quand la différence d’âge est grande, la rivalité s’atténue voire disparaît au profit d’une plus grande solidarité entre tous les enfants.
Si la mère est le port d’attache, le socle affectif, qu’en est-il du père ? Pour Seydou, un Guinéen, « les enfants de foyers polygames sont tous orphelins de père ! ». Sans aller jusque-là, un proverbe bambara n’affirme-t-il pas néanmoins que « le sein est plus proche que la barbe » ? A l’évidence, le père semble avoir des difficultés à démontrer son affection. Il a surtout peu d’occasions de le faire puisqu’il doit sans cesse se partager. Les bénéficiaires de son « amour » seront les enfants de la préférée, qui peuvent profiter de sa présence et lui faire part de leurs doléances.
D’une manière générale, l’image du père est ambiguë. Si ce dernier représente la sécurité matérielle et la protection, en revanche, sur le plan affectif, « c’est zéro ». En matière d’affection, c’est donc la mère qui a la palme. Son amour est acquis. Pas celui du pater. De quoi fragiliser un gamin qui passe son temps à se demander si son père l’aime un peu, beaucoup… ou pas du tout ! « Si ma mère avait été la seule épouse, j’aurais peut-être eu le sentiment que mon père était vraiment mon père. Dans une famille polygame, chaque enfant se persuade qu’il est le plus aimé. Mais, dans les faits, le père est celui de tout le monde », précise Kadidja.
Dans bien des cas, le nombre élevé d’enfants n’est pas fait pour rassurer. Parce qu’ils ont l’impression d’être « noyés » dans la masse... les enfants manquent de confiance en eux. D’où une certaine difficulté à devenir autonomes. Carence du père, fratrie trop nombreuse... les reproches ne manquent pas. « Si tu as trop de dossiers (d’enfants), tu ne peux pas les gérer correctement. Plus tard, un enfant peut reprocher à son père de ne pas lui avoir financé des études. Tous les enfants sont perdants économiquement et affectivement dans l’histoire », déclare Oumar. Armand trouve lui aussi que son père a dépassé les limites : « Avec le recul, je me dis que je ne pourrais jamais faire ce que mon père a fait. Je ne peux pas abandonner mon foyer pendant un mois ou deux et aller voir mon enfant à la sortie de l’école ! ».
Le père fait naître chez l’enfant un sentiment contradictoire, à l’instar de l’image paradoxale qu’il renvoie. On l’aime et on le déteste tout à la fois, pour ses manques, ses faiblesses et son absence. Il est l’amour inaccessible et l’intouchable. Car en dépit de tout, il n’en reste pas moins une institution que sa descendance ne peut oser critiquer. Du coup, les enfants dénient les problèmes qu’ils peuvent avoir avec leurs parents, leur père surtout. Et se cherchent un père idéal, en la personne d’un oncle, d’un ami de la famille, voire d’un marabout ou d’un prêtre.
Souffrance des mères et stress des enfants. Telle est la situation. A y regarder de plus près, on peut se demander si le père n’est pas le grand perdant de l’affaire. Car, si au départ, il est l’initiateur du jeu, en choisissant l’option polygame, au fil des ans, il perd le contrôle de la situation et la communication passe de moins en moins bien avec sa famille. Il doit jongler en permanence pour se sortir de situations souvent inextricables. Un jeu d’équilibriste complexe car les braises qu’il a allumées sont ardentes. D’où sa fragilité, comme le souligne Oumar : « Dans le monde moderne, la polygamie n’a plus sa place. Il n’y a plus comme autrefois le clan et le village pour prendre en charge les enfants et gérer les problèmes. Aujourd’hui le père est seul. Il a perdu la solidarité des générations ».
Le mari polygame des temps modernes ressentirait-il la solitude du coureur de fond ? En tout cas, ses enfants, eux, ont le sentiment d’être des laissés pour compte. Au point que la plupart d’entre eux ne souhaitent pas reproduire le même modèle. Un refus motivé par des raisons économiques, car « plusieurs femmes ça coûte cher, et c’est de la frime ». Par des raisons affectives également. Car gérer plusieurs femmes et une ribambelle d’enfants et accepter de partager son époux avec d’autres, ce n’est pas simple. Tous les humains ne peuvent être des héros !|
In Memoriam
Franco Luambo Makiadi (1938-1989) : sa vie et son oeuvre
Il y a de cela 17 ans que Luambo nous a quittés. Depuis, les Congolais ont soif de la rumba pure et agressive de cet artiste-musicien. La satire et la verve oratoire sans pareil de Luambo manquent désormais beaucoup à la musique congolaise contemporaine.
Le samedi 21 octobre 2006
travers ses œuvres amoureuses, satiriques, humoristiques, pamphlétaires, etc., Luambo libérait toutes ses émotions. Et pratiquement tout le peuple congolais se reconnaissait dans ce grand artiste. Ce musicien savait toucher la corde sensible des mélomanes congolais et d'ailleurs. Dans son style populaire à la limite de la vulgarité, il réussissait facilement à peindre ses contemporains au travers de leurs défauts, leurs qualités, leurs manies... Maniant la critique à la limite de l'insulte, il savait aussi amadouer en même temps.
Franco à 18 ans, en 1956
C'est à Sonabata, à un peu moins de 100 km de Kinshasa, qu'est né François Luambo Makiadi, le 6 juillet 1938. Le père, d'origine tetela, venait tout droit du Kasai, tandis que la maman, Hélène Mbonga Makiese, est originaire des Cataractes. A l'âge de 10 ans, Luambo François est orphelin de père. A Léopoldville, il découvre le monde de la ville avec toutes ses contradictions.
Grâce au concours d'un camarade, Luambo découvre les vertus de l'harmonica qui ne quittera plus ses lèvres. Il rencontre Ebengo Dewayon. A ses côtés, il s'initie aux premières notes de la guitare, ensuite interviendra Albert Luampasi, un autre guitariste de renom.
Adolescent, le voilà pris dans le tourbillon de la musique. Il décide de jeter son dévolu sur cet instrument à cordes qu'est la guitare et son harmonica est jeté aux oubliettes. A quinze ans, il enregistre déjà de sa voix innocente et mal maîtrisée des chansons avec le groupe Waton de Dewayon. Il commence à chanter les chansons des autres sur des thèmes mal ficelés qui font allusion aux réalités de la rue.
Naissance de l'OK Jazz
En 1956, le 6 juin à Léopoldville, l'annonce est faite d'un point à l'autre de la ville, un nouvel orchestre vient de voir le jour. Au départ, au studio Loningisa, il a enregistré « Bolingo na ngaï Béatrice ». Avec le concours de Bowané qui l'a pris sous sa tutelle, Franco s'est fait un nom. Mais Bowané gagne l'Angola et décide de s'installer à Luanda, voilà Franco seul face à un succès qui l'attend à l'horizon. Au lieu de se ronger les doigts, avec ses amis ils décident de créer un groupe musical grâce à l'apport de quelques musiciens congolais comme Pandy Saturnin (Tumba), Loubelo daniel, De la lune (guitariste) J. Serge Essous (saxo) venus à la rescousse, ils s'accordent sur la mise en place d'un nouveau style. Sur la rue Tshuapa dans la zone de Kinshasa, ils font connaissance avec M. Oscar Kashama, celui-ci les encourage et décide de les prendre en charge dans son bar, « Chez Cassien ».
1956 : naissance de l'orchestre OK Jazz
Le 6 juin 1956 donc naît « OK Jazz », OK pour Oscar Kashama. Franco, Rossignol, Saturnin Pandy, De la lune et Essou sont les premiers musiciens. Le succès est fulgurant, mais la naïveté gâche les efforts de ces jeunes et les bonnes choses ne durent guère. En 1957, l'orchestre connaît une scission, les Congolais que sont J. Serge Essous, Landu Rossignol quittent l'OK Jazz pour créer le Rock-A-Mambo, mais deux autres Congolais vont rejoindre Franco : Célestin Nkouka et Edo Nganga. Ils vont enregistrer trois chansons qui marqueront cette époque : « Aimé wa bolingo », « Joséphine », et « Motema na ngaï epai ya mama ».
Luambo est arrêté en 1958 par les autorités coloniales, pour des raisons obscures, on parle d'une affaire de coeur, son absence réduit le succès de l'orchestre dont il est déjà le porte-flambeau. Bolhen le remplace. Ses amis brazzavillois profitent de ce temps pour regagner Brazzaville. Là-bas Nkouka Célestin, Edo Nganga sont rejoints par Nino Malaplat, J. S. Essous pour monter l'orchestre Bantous de la Capitale en août 1959.
À 26 ans
A Léopoldville où il a recouvré sa liberté, Franco retrouve Vicky Longomba qui lui était resté fidèle, pour procéder au recrutement de nouveaux musiciens. Mulamba Joseph Mujos, Tshamala Piccolo et Lutumba Simon alias Simaro Masiya, font leur entrée dans OK Jazz. La Table Ronde est convoquée à Bruxelles pour statuer sur le devenir de cette colonie belge. A cet effet, Joseph Kabaselle dit Kalle Jeff est choisi pour animer la manifestation. Son orchestre fait le voyage en Belgique et Vicky Longomba choisi par Kalle fait partie du voyage. C'est à cette époque que Kalle lance la chanson « Indépendance chachacha » qui va connaître un succès continental.
Franco s'affirme ainsi dans le monde musical de la capitale, il devient de plus en plus célèbre. Lutumba, Kwamy et bientôt Verkys Kiamanguana Mateta, ainsi que Youlou Mabiala et Michel Boyibanda vont gonfler le nombre de musiciens qui feront la gloire de l'OK Jazz. Des titres comme « Mboka mo paya pasi », « Yamba ngai na leo », « Mobali ya ouilleur », sont au top du succès. L'OK Jazz est devenu incontournable.
L'ascension et la gloire
En deux décennies (70-80 et 80-90), Luambo Makiadi est au sommet de la musique. Seul maître à bord dans son orchestre, il sort de sa coquille pour imposer son leadership. Il instaure une politique de grandeur et attire auprès de lui tout ce que le pays compte de grands talents artistiques. Il vole de succès en succès. C'est l'apothéose. Luambo devient le musicien repère des grandes nuits présidentielles. Il amasse sans coup férir biens matériels et gloire spirituelle. L'OK Jazz est devenu le Tout Puissant OK Jazz.
Michelino, Josky et Franco
La première décennie citée plus haut va marquer un grand tournant dans la vie de l'orchestre. Des musiciens de renom comme Sam Magwana, Dizzy Mandjeku, Josky Kiambukuta, Ntesa Dalienst, Jo Mpoy, Ndombe Opetum Pépé et autres sont achetés à prix d'or pour venir grossir les rangs de l'orchestre. Ils viennent ainsi s'ajouter à Youlou, Boyibanda, Isaac Muzikiwa, Dessoin, Decca, Simaro et consorts pour former le grand OK Jazz qui va terrasser tout sur son passage.
Désormais l'orchestre est modelé à son image. Il en est l'inspirateur, il le hissera au rang des plus grands orchestres populaires de danse de l'Afrique noire. Les oeuvres à succès se succèdent à un rythme infernal. Il n'est plus conditionné par des pseudo-producteurs. Il a lui-même créé plusieurs marques pour produire les chansons de son groupe.
Déjà les musicologues retiennent et observent deux styles de musique qui s'opposent. L'un soutenu par l'African Jazz, c'est l'école Kalle dont le fidèle disciple sera Tabu pascal qui deviendra un peu plus tard Tabu Ley Rochereau le Seigneur. L'autre style est imposé par Franco. On parle désormais de deux écoles : celle créée par Kalle, et celle créée par Franco. Et ce sont ces deux styles de musique qui vont s'imposer tout au long des années jusqu'en cette période actuelle.
Les contrats pleuvent, les invitations se multiplient, Luambo est débordé. Homme d'affaires aguerri, il multiplie les investissements, des maisons de production, une maison de pression de disques et un investissement immobilier qui lui donne un charisme inégalable. C'est ainsi qu'il va créer son complexe « Un-deux-trois » dans la zone de Kasavubu, avant d'ajouter une aile qu'il baptisera « Mama Kouloutou ».
En 1982, il décide de s'installer en Europe avec tous ses musiciens pour une durée indéterminée, mais tout en créant de nouvelles structures pour l'édition, la promotion et la production de disques. Tantôt à Paris, tantôt à Bruxelles, il croule sous le succès. Des titres comme « Non », « Très fâché », « Mamou », « Makambo nazali bourreau », « très impoli », « Lettre au DG », « Mario », sont des véritables philippiques qu'il distribue à la ronde comme des bouquets de fleurs tour à tour à la femme, aux intellectuels et à une certaine jeunesse. En 1983, le grand maître se rend aux Etats-Unis pour une grande tournée, où il confirme sa célébrité auprès des afro-américains. La diaspora négro-américaine l'accueille chaleureusement.
Sa mort…
Perte de mémoire, douleurs, mal de reins, il n'en pouvait plus de supporter le mal qui le rongeait de l'intérieur. De nombreux médecins vont courir à son chevet sans jamais poser un diagnostic convenable. Au début de l'année 1988, il refait le voyage de Bruxelles pour aller subir des analyses et trouver la cause de sa maladie. De plus en plus épuisé, il perd du poids. La masse humaine se rétrécit et ses supporters sont gagnés par le doute. Sa famille et ses proches sont pris par l'angoisse. Et s'il venait à disparaître ? Tout Kinshasa bruit des nouvelles de la mort de Luambo. Beaucoup vont le tuer dans l'imaginaire collectif avant qu'il ne le soit dans la réalité. De clinique en clinique, de spécialiste en spécialiste, Luambo traîne sa maladie, sans trouver le moindre répit. Certains parlent d'un cancer des os, d'autres d'une insuffisance rénale, les plus radicaux n'y vont pas par quatre chemins : Franco est atteint du Sida.
Mais malgré le mal qui le ronge, il trouve les forces d'enregistrer ses dernières chansons soutenu par la voix de Sam Mangwana et d'autres musiciens qui sont à Bruxelles. Mais ses jours sont comptés. Le ciel s'obscurcit et pourtant lui, il y croit toujours. Il annonce même son retour pour d'ici peu. Finalement, voyant son état s'empirer, les médecins l'hospitalisent à l'Hôpital Mont-Godinne non loin de la ville de Namur (Belgique). Là son épouse et son frère Jules lui rendent régulièrement visite. Ses enfants sont également là, inquiets de la tournure prise par les événements. Ils voient leur père se décomposer. Chacun de ses mouvements augmente le mal. Le baobab est atteint.
Les nuages s'assombrissent. Il est au bout du chemin. La nuit du 12 octobre 1989, Luambo n'en peut plus de lutter. Il jette l'éponge. Un grand baobab de la musique congolaise moderne est tombé.
MTI
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